Acteur de (sa) carrière

C’est courant. 

C’est « entendu ». 

Les managers, les formateurs le disent… « Soyez acteurs de vos parcours professionnels ». 

Lorsque l’on se pose la question : « comment devenir acteur de sa vie professionnelle ? ». Notre réaction est de se raccrocher à la simplicité bête et méchante de la langue et de penser la phrase très directement. En somme, un bon raccourci : « un acteur ? c’est un comédien, on le paie pour jouer un rôle ». Manque plus que la bonne vieille tirade de nos – très – jeunes années, « Acteur, c’est pour de faux ». Pourquoi se muer en « acteur » ? Alors qu’il n’y a pas plus « vrai » que notre quotidien, y compris celui que l’on traverse en entreprise.

Notre ami Larousse nous donne deux significations majeures pour « acteur » :

  • Personne dont la profession est d’être l’interprète de personnages à la scène ou à l’écran ; comédien.
  • Personne qui participe activement à une entreprise, qui joue un rôle effectif dans une affaire, dans un événement ; protagoniste.

Vous l’aurez compris, point de scénar’ dans le sujet qui nous intéresse, pas de loge d’artiste, pas de fanclub, pas de compte Instâââ aux 100k suiveurs, pas de couverture de journal à scandales… Optons plutôt pour la seconde proposition. 

A la lecture de cette définition, vous me direz, en toute bonne foi, que nous avons tous le sentiment de participer activement à la vie de l’entreprise, de faire des efforts, de préparer nos réunions, de taffer dur sur la ligne de production, de nous impliquer, de donner de notre personne, etc, etc, etc…

Mais agissons-nous comme des pantins programmés au sein d’une organisation ou sommes-nous aux manettes de nos actions ? Agissons-nous sous le coup de l’habitude? Sommes-nous plus à l’aise lorsque nous nous déresponsabilisons ? Sommes-nous conscients de nos atouts individuels ? Pourquoi sommes-nous à ce poste ? Sommes-nous compétents ? Pourquoi Kate ne laisse pas une petite place à Leonardo sur la planche alors qu’il y a grave la place ?!!

Maintenant, sans faire la comédie, voici mes éléments de réponse à la question initiale : « comment devenir acteur de sa vie professionnelle ? »… Une série de disciplines à respecter sans que cela ne devienne un péplum ! En voici quelques-unes. Je sais que vous trouverez les vôtres pour me compléter. 

  • « La rumeur ? connais pas » (c’est donc mal barré pour la couv’ de Voici…).
  • Le rôle effectif ne s’assume que lorsqu’il est pris à bras-le-corps. J’ai confiance en moi et dans mes capacités, techniques et relationnelles. Je suis prêt !
  • J’ose, j’expérimente, je fais ce que je dis, je décide, j’anticipe le changement (d’ailleurs, j’en fais partie car je l’initie), je fais appel à mon imagination, je suis curieux : j’ai le contrôle !
  • Mon regard ne se pose pas que sur le quotidien, mais aussi sur ce que j’ai traversé et ce vers quoi je me dirige. Je sais me détacher des soubresauts inhérents à la vie en communauté que m’impose l’entreprise. 
  • L’avenir se forge aujourd’hui, il est toujours temps de préférer une solution à une autre pour aiguiller sa route (Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis…).
  • Je sais me poser pour faire le point, régulièrement. Où suis-je par rapport à mon plan ?
  • Je suis honnête avec moi et les autres lorsque je fais ce bilan. C’est primordial ! On ne scénarise pas sa vie. On l’assume.
  • Ce n’est pas tout de lister ses erreurs, encore faut-il en tirer des leçons et lancer à court terme les pistes d’amélioration pour transformer le négatif en histoire à succès.
  • Je liste mes succès, justement. Je les savoure et j’y pense souvent. Ils sont des points d’ancrage forts, des barrières de sécurité. Des balises.
  • Je ne « joue » pas seul… il y a d’autres personnages, bien réels, autour de moi. Je peux compter sur elle, sur lui, pour échanger. Allez, je les mets au défi de me challenger ! Leur contact me fait grandir. Je leur parle de mes émotions. Je m’ouvre à eux.

Ainsi, je donne du sens à ma vie. Et je ne parle pas que de la vie professionnelle !  Quoiqu’on en dise, le boulot et la maison ont une incidence l’un sur l’autre. Tatatata… soyons honnêtes ! Ou alors il y a des schizos sur la ligne…

Je donne du sens à ma vie, je la valorise. A mes yeux. Mais pas que. On me regarde, me suit, m’apprécie, me jauge. On peut penser à moi pour demain…

Ce sens, c’est le contrat que j’ai signé avec mon moi de demain. Il est mon guide. Je ne crains rien ni personne, puisque c’est ma propre loi. Les directives que je me suis fixées, les améliorateurs que j’ai mis en place et le respect des engagements que j’ai pris vis-à-vis de mon plan m’ont prodigué l’assurance, la confiance et la motivation. Toutes trois sécurisent désormais mon chemin et me permettent de sortir de cette zone de confort si dangereuse, si pernicieuse… si soporifique. 

Acteur de ma vie, je liste les bénéfices d’un tel effort : 

  • les interactions se multiplient
  • ma prise de hauteur m’apaise et me permet de rebondir plus vite et plus fort
  • je me sens bien dans mes baskets (ou mes pompes à glands, au choix…)
  • je développe mes compétences et celles de l’entreprise
  • mon stress diminue (et c’est mon corps qui en profite).

Bref, je vais bien, je suis à la bonne place et au bon moment. Je n’oublie pas que cela se remarque, que je suis en vue… 

…ou sur le devant de la scène, à vous de voir.

Edouard Baudry, le 16 Septembre 2020

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